Les nouveaux maux de l’eau

Nous faisons attention à ce que nous mangeons, il est urgent de faire attention à ce que nous buvons.

La finance a fait de l’Or bleu la troisième industrie mondiale, mais l’eau qui coule de nos robinets, bien que consommable, est-elle bonne pour notre santé ? Le sujet fait débat, comment se repérer, l’eau transparente et limpide est elle aussi claire que nous l’aimerions, libre de tous polluants, nous offre-t-elle encore tous ses pouvoirs de réparation ?

L’eau potable*, celle du robinet, se définit d’un point de vue physico-chimique comme l’un de nos aliments les mieux contrôlés, aux normes les plus strictes, de qualité bactériologique irréprochable, mais il lui est difficile d’échapper aux polluants de toutes natures et ce constat est aussi valable pour certaines eaux en bouteille. L’adjectif même de potable pour désigner l’eau courante est significatif de sa nature.

L’eau morte

Les eaux brutes qui proviennent des nappes phréatiques, des eaux souterraines et de surface, demandent un gros travail aux collectivités pour devenir notre eau potable selon des critères précis et nombreux : les paramètres organoleptiques* liés à l’odeur, la saveur et la couleur; les paramètres physico-chimiques déterminant le pH, la température et la conductivité; les paramètres microbiologiques qui éliminent les germes pathogènes; les paramètres concernant les substances indésirables et ceux concernant les substances toxiques.

Pour chacun de ces facteurs, des seuils fixés par le Ministère de la santé et le Conseil Supérieur d’Hygiène Publiques sont imposés. Par exemple, le pH doit être supérieur à 6,5 et inférieur à 9. la teneur  en sulfate inférieure à 250mg/l. Les eaux subissent toutes des traitements chimiques (chlore, sels d’aluminium, etc…) visant à leur désinfection avec des inégalités de traitement selon l’endroit où vous résidez. Le traitement au dioxyde de chlore est le plus courant, les résidus chlorés font débat et depuis 2004, en application du plan vigipirate, ils ont été relevés de 0,1mg/l à 0,3mg/l. Cette eau traitée est stockée la plupart du temps dans des châteaux d’eau où sont installés les antennes relais de nos téléphones.

Elle sera distribuée, acheminée par tuyaux vers les maisons pour boire, se laver, arroser, se baigner, car nous avons dans nos pays développés le grand bonheur d’avoir de l’eau disponible au robinet pour un prix raisonnable.

Une fois utilisée, l’eau connaitra le cycle des eaux usées via les égouts et la station d’épuration, pou enfin retourner dans la nature où elle rencontrera à nouveau les polluants de l’agriculture intensive et de la surconsommation médicamenteuse humaine et animale. Son prix moyen est à 4,15€/m3, on peut craindre que ce prix change un jour si le principe pollueur payeur n’est pas mis en place.

Notre eau est maltraitée !

Une fois traitée, il reste beaucoup trop de substances contraires à la vie dans l’eau. Le constat est chaque jour de plus en plus alarmant, les polluants d’origine agricole sont largement présents dans l’eau, transporteurs parfaits pour des substances dites émergentes partagées de tous à tous sans discernement. Notre corps ne peut pas éliminer ce cortège de pollutions dangereuses. Boire des eux même faiblement contaminées entraîne une exposition à long terme avec interactions possible entre ces différents pesticides dont l’issue sanitaire est totalement inconnue. Bien que nous n’ayons pas encore assez d’études, on sait que les pesticides favorisent cancers, leucémies, trouble du système nerveux et reproducteur : c’est une bombe à retardement dans notre corps et cette eau n’est plus porteuse de vie. Bientôt, allez savoir, on pourra peut-être désherber avec l’eau du robinet !

Cette situation ne doit rien au hasard

Notre pays détient le triste record de premier consommateur de pesticides en Europe, le troisième après les Etats-Unis et le Brésil au rang mondial. On ne recherche que 54 paramètres et molécules indésirables, alors que toutes les molécules chimiques dans le monde se chiffrent à plus de 140 000 et que 900 molécules chimiques, quasiment toutes toxiques, ont reçu une homologation en France et en Europe. Toutes ces molécules peuvent se retrouver dans les nappes phréatiques (+ de 50% sont polluées) et dans le circuit de l’eau que nous buvons. Bien qu’à dose infime, ces doses de polluants et d’éléments indésirables non contrôlés s’additionnent doucement mais surement dans les 60 000 litres d’eu que nous buvons toute notre vie, sans compter 5 à 10 fois plus pour l’eau cachée dans nos aliments. Ainsi, l’eau de notre robinet devient peu à peu un cocktail dangereux de polluants, produits chimiques, pesticides, résidus médicamenteux, perturbateurs endocriniens, nano particules… sans aucune information au consommateur, puisque au bénéfice du doute il est seulement demandé aux fabricants de produits chimiques de démontrer que leurs molécules chimiques ne sont pas toxiques pour l’hommes, un parfait conflit d’intérêt. Attention, l’absence de recherche des polluants ne signifie pas qu’ils sont inexistants : appelés pollution diffuse, ils sont devenus problématiques pour la santé publique. A ce jour, aucune solution de filtration n’est mise en place sur les réseaux de distribution pour les éliminer et plus personne n’est dupe de leur dangerosité (voir “on ne nous cache pas tout”).

Quelles études 

Déjà en 2009, vingt scientifiques, dont le Professeur Guy Montagnier et le Dr David Servan-Schreiber, avaient lancé un appel à ne pas boire l’eau du robinet quand on a une santé fragile ou un cancer.

Nous ne pouvons que souhaiter retrouver une eau plus pure pour tous et cela passera nécessairement par un arrêt de la culture intensive, par des pratiques totalement respectueuses de la nature et une prise de conscience générale et politique. Au sein des collectivités, des groupes de réflexions, se mettent en place des groupes pour étudier les pollutions dites émergentes, mais la progression est lente.

Actuellement, le groupe Nestlé, propriétaire de plusieurs eaux minérales, rachète tous les terrains autour des sources qu’ils exploitent afin de préserver les sols et les sous sols de tous les polluants dus à l’agriculture intensive qui pourraient les contaminer : cela prouve bien l’ampleur du problème, aucun grand groupe industriel ne faisant d’investissement à la légère.

La société Natarys a confié à l’INSERM une mission d’étude sur son eau bio-dynamisée sur la santé. En 2015, un contrat a officialisé ce programme dont les premiers résultats sont prometteurs, le chercheur à l’initiative du projet envisage une parution scientifique. L’avenir de l’eau n’est pas que sombre ! Il existe même de nombreuses solutions pour rendre à l’eau quotidienne son pouvoir sur notre santé, c’est aussi le but de ce dossier Naturelles…

On ne nous cache pas tout !

Si l’information sur la réelle qualité de l’eau a du mal à sortir, des organismes sérieux et reconnus tentent néanmoins  de nous éclairer sérieusement :

. En janvier 2017, l’association Générations Futures a publié un rapport sur les Perturbateurs Endocriniens : https://www.generations-futures.fr/actualites/pertubateurs-endocriniens-liste/ (suivi d’une mise en garde)

. L’UFC Que Choisir publie désormais une carte répertoriant la qualité de l’eau commune par commune en France : https://quechoisir.org/carte-interactive-qualite-eau-n21241/ qui permet à chacun d’évaluer la qualité de l’eau à son robinet. A l’occasion de la journée de l’eau, le 22 mars dernier, l’UFC Que choisir a ainsi alerté sur les 1000 sources d’eau potables prioritaires menacées de fermeture en France pour cause de contamination : https://www.quechoisir.org/action-ufc-que-choisir-1000-sources-d-eau-potables-prioritaires-menacees-de-fermeture-en-france-l-ufc-que-choisir-exige-un-bilan-des-mesures-de-protection-n53241/

Si vous doutiez encore de la “vraie” qualité de l’eau en France, n’hésitez pas à voir ou à revoir le film de Sophie Le Gall, “Du poison dans l’eau du robinet” : https://www.youtube.com/watch?v=xTbJ211AMHM

*Se dit de “potable” quelque chose dont on peut se contenter.

*On qualifie “d’organoleptique” tout ce qui relève un récepteur sensoriel comme l’apparence, l’odeur, le goût, la texture ou encore la consistance.

Source : Sophie France, praticienne de santé, Naturopathe